Uzès, premier duché-pairie de France

 

Dans les provinces du Languedoc et de Provence existent, avant la Révolution, seulement trois pairies: Uzès, Joyeuse et Villars-Brancas. Il faut donc prêter attention à ces grands fiefs de dignité. De par l'ancienneté et le maintien dans la même famille, depuis plusieurs siècles, le duché d'Uzès est une exception. Première famille de France dans le groupe des ducs et pairs, la lignée ducale d'Uzès bénéficie d'un prestige considérable.

Défenseurs ardents de la monarchie, les Crussol d'Uzès ne prendront aucune part aux frondes au XVIIe siècle. Cette fidélité les gratifie, bien évidemment, de la bienveillance royale.

Le titre de duc et pair , les carrières qu'ils accomplissent, leurs alliances et leur fortune donnent aux ducs d'Uzès un éclat particulier, qui culmine au XVIIe siècle.

L'évolution historique des ducs et pairs comprend quatre ages distinctifs. Les ducs et comtes semblent avoir des origines antiques. Ils sont gouverneurs de provinces ou de villes, nommés par le pouvoir central, devenus maitres de ces territoires.

Selon les uns, le mot pair vient de "patrice", très haute dignité donnée aux empereurs de Constantinople à quelques gouverneurs de province. Pour d'autres les pairs sont des vassaux qui tiennent des fiefs mouvants pleinement et directement d'un même seigneur appelés "pares curiae ou domus". La notion de pairie semble attachée au groupement des pairs de fiefs. Ce sont des feudataires du même suzerain, égaux entre eux, et qui se jugent les uns les autres. Ces pairs assistent le roi dans son investiture, son sacre, son couronnement et jugent avec lui les différends des vassaux du royaume.

La grande époque de la pairie féodale s'étend de 1216 à 1296. La composition du corps des pairs de France est fixée à douze personnes: Six ecclésiastiques et six laïques. De 1296 à 1504 les six pairies ecclésiastiques se maintiennent mais les pairies féodales laiques disparaissent. En 1340 les pairs siègent au Parlement de Paris. La cour des pairs devient la "Grande Chambre". Le doyen des pairs est le duc de Bourgogne. Le troisième âge de la dignité (1505 à 1551) consacre les familles princières. Le quatrième âge donne l'occasion aux gentilhommes français de s'illustrer et de parvenir à la première dignité. Les rois veulent contrebalancer la puissance des Guise. En 1582 l'érection en duché-pairie est possible si la terre rapporte au moins 24.000 livres par an. Les Crussol d'Uzès apparaissent en 1565 puis 1572.

Ainsi le groupe des Grands de France se compose de ducs et pairs , de ducs dits "héréditaires" sans pairie et des ducs dits "à brevet" qui bénéficient d'une dignité viagère. En 1632 enfin, à la mort de Montmorency, de par l'ancienneté, la première place revient aux Crussol d'Uzès, à la tête du premier duché-pairie de France.

 

Extrait de l'article de Jean-Christophe GALANT, avec l'autorisation du S.H.U article paru dans le bulletin n° 30